Docteur j’ai mal!

Posted on mai 12, 2010

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Docteur j’ai mal à la tête, j’ai mal aux doigts qui tapent sur le clavier, j’ai mal mais ce n’est pas un mal physique. Ce n’est pas un mal que peut soigner un médecin. C’est un malaise imprécis qui a monté progressivement ces derniers jours après avoir entendu et lu la déclaration d’Alain Minc, un très proche conseiller du président de la France, pays de « liberté-égalité-fraternité ».

Monsieur Minc a voulu dénoncer l’effet du vieillissement sur la hausse des dépenses d’assurance maladie. « Moi, j’ai un père qui a 102 ans, il a été hospitalisé quinze jours en service de pointe. Il en est sorti (…) La collectivité française a dépensé 100 000 euros pour soigner un homme de 102 ans. C’est un luxe immense, extraordinaire pour lui donner quelques mois ou, j’espère, quelques années de vie ». Et Monsieur Minc très sérieusement déclare qu’il pense « qu’il va bien falloir s’interroger sur le fait de savoir comment on va récupérer les dépenses médicales des très vieux, en ne mettant pas à contribution ou leur patrimoine, quand ils en ont un, ou le patrimoine de leurs ayants-droits ».

Vous me diriez, Docteur, de quoi je me mêle donc, moi Togolais. N’ai je pas d’autres préoccupations que d’avoir mal pour les vieillards français? Et ben, justement Docteur, je ne pense point à eux. Je pense au Togo, pays du « travail-liberté-patrie ». Je pense à ce pays et ne puis m’empêcher de faire mentalement le décompte macabre de jeunes proches ou lointains parents/amis qui ont eu la liberté de mourir ces derniers temps à cause de pathologies considérées banales en Europe.

Je pense à ce jeune homme d’une quarantaine d’années, grand sportif, qui est décédé d’un arrêt cardiaque le mois dernier. Il avait mal à la poitrine, il avait mal dans le dos, sur le coté et les médecins auraient cherché sans vraiment trouver, auraient avancé un problème de gros coeur sans vraiment pouvoir le prendre en charge pour le traiter… Il a donc eu la liberté de mourir soudainement!

Je pense à ce jeune homme d’une trentaine d’années, au chômage, qui est décédé d’une perforation gastrique l’année dernière. Il aurait eu mal au ventre, vomi du sang, et les médecins auraient diagnostiqué une appendicite mais demandé qu’il se présente avec +/-200.000FCFA pour l’opérer au CHU de Lomé, somme dont il ne disposait pas et qu’il ne savait à qui demander… Il a aussi eu la liberté de mourir!

Je pense à ce père de famille, militaire de carrière (ou gendarme, mais peu importe), mis à la retraite anticipée car il souffrait d’une insuffisance rénale. Les médecins lui ont prescrit des séances hebdomadaires de dialyse pour la modique somme d’environ 35000FCFA à débourser de sa poche. Sa couverture médicale de militaire… je n’en sais rien. Il aurait vendu ou mis en gage sa vieille bicoque que cela ne suffirait pas. Ses proches auraient cotisé mensuellement que cela ne suffirait pas … donc il ne lui restait que la liberté de se laisser mourir intoxiqué par son propre sang!

<Photo 2>Ma liste est longue et je renonce à aller au bout. J’ai mal… Mon mal se transforme en colère! Je pense aux vols sanitaires organisés pour de vieux dictateurs sur le déclin. Je pense à ces ex-premières dames décédées dignement dans de grands hôpitaux marocains ou français. Je sais Docteur, c’est irrévérencieux mais ma colère est plus forte que tout mais je suis sûr qu’Alain Minc serait d’accord avec moi. Lui au moins, dans son pays d’égalité, peut prétendre à un peu d’inégalité!

Pouvons nous prétendre à un peu d’égalité dans cette patrie qu’est le Togo? Quel est l’avenir d’un pays qui ne peut offrir des soins de santé à sa jeunesse, à ses travailleurs mais dépense des sommes folles pour des élections ou des fêtes d’indépendance?

Ce n’est pas plus un problème de compétences. Je connais beaucoup de médecins togolais, ceux qui servent à l’étranger, ceux qui ont fait le sacerdoce de rentrer servir la patrie, je connais des médecins béninois, congolais, etc. formés à l’université de Lomé, lorsqu’elle était encore l’Université du Bénin… Docteur, je sais que ce n’est pas votre faute. C’est la faute au système en place et c’est une des raisons pour lesquelles il faut le changement!

Docteur, pouvez-vous soigner ma colère?

12 Mai 2010

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