ô vieillesse ennemie!

Posted on juin 16, 2010

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Je suis tombé hier sur l’enregistrement du discours du Maréchal Pétain le 17 Juin 1940, annonçant la capitulation face à l’Allemagne de Hitler: « C’est le coeur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à  l’adversaire pour lui demander s’il est prêt a rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’Honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités. »

La voix est tremblante, pathétique… On imagine le vieillard à bout de force, sur le déclin, et certainement mal entouré. N’y voyez aucune malice mais je n’ai pu m’empêcher de penser à la récente déclaration de Gilchrist Olympio, le leader historique de l’opposition togolaise, président de l’UFC, annonçant avoir accepté d’envoyer des membres de son parti dans un gouvernement: « Après de laborieuses discussions avec le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), et après avoir obtenu un soutien massif de nos fédérations, j’ai pris pour la première fois la décision de proposer au peuple togolais une voie nouvelle de sortie de crise fondée sur l’esprit de partage du pouvoir. »

Comme une évidence, la vieillesse est un point commun entre ces deux hommes qui à bout de souffle et sans vergogne trahissent leur peuple! ô vieillesse! Me vient alors à l’esprit ces vers du Cid de Pierre Corneille, ces vers que l’on a dû déclamer au collège sans en comprendre le sens profond. Pierre Corneille ne m’en voudra pas de faire quelques retouches pour adapter ces vers à mon goût et à l’actualité de mon pays.

ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je noirci dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras qu’avec respect tout le Togo admire,
Mon bras, qui tant de fois a désiré cet empire,
Tant de fois menacé le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
ô cruel souvenir de ma gloire passée !
Oeuvre de tant de jours en un jour effacée !
Nouvelle dignité fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d’où tombe mon honneur !
Faut-il de votre éclat voir triompher Jean-Pierre le comte,
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ?
Comte Elliot, sois de mon prince à présent gouverneur ;
Ce faux rang admettra bien un homme sans honneur ;
Et ton jaloux orgueil par cet affront insigne
Malgré le choix du roi, m’en a su rendre indigne.
Et toi, de mes exploits glorieux instrument,
Mais d’un corps tout de glace inutile ornement,
Fer jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense,
M’as servi de parade, et non pas de défense,
Va, quitte désormais le dernier des humains,
Passe, pour me venger en de meilleures mains.

16 Juin 2010

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Posted in: Afrique, Politique, Togo