Marées nègres!

Posted on juillet 20, 2010

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Depuis 3 mois, le pétrole se déverse dans le golfe du Mexique, catastrophe écologique majeure provoquée par l’explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon de BP en avril 2010. Le monde s’en émeut, le titre du géant pétrolier BP chute en bourse, le président américain Barak Obama s’est déplacé deux fois dans la région pour consoler les sinistrés. Un déploiement de technologie permet ces derniers jours d’espérer la fin de l’écoulement. La compagnie BP, mise sous pression, annonce des chiffres faramineux: 4 milliards USD pour pour arrêter la catastrophe, sans compter un fonds de 20 milliards USD pour l’indemnisation des victimes. Une marée de fric pour une marée noire!

Éternel inquiet, je me demande comment aurait été gérée une telle catastrophe en Afrique, surtout dans mon pays le Togo où on a parlé un moment de gisements d’hydrocarbures au large dans l’océan atlantique. Hélas en feuilletant hier le dernier Courrier International qui traînait là depuis le mois de Juin, je suis tombé sur une article intitulé « Les marées noires oubliées du delta du Niger » (à lire sur http://www.courrierinternational.com/article/2010/06/03/les-marees-noires-oubliees-du-delta-du-niger) et je tombe des nues… je découvre que depuis 50 ans au Nigeria, du pétrole brut se déverse en flots continus dans la région du delta du Niger ruinant tout l’écosystème et les millions d’habitants de la région! Et ceci dans l’indifférence totale des autorités, des compagnies pétrolières et de la communauté internationale.

Selon un rapport d’Amnesty International, la pollution prive la population du delta du Niger de ses droits élémentaires à la nourriture, à la santé et à l’eau potable. « Les gens qui vivent dans cette région doivent boire de l’eau polluée, faire la cuisine et laver leur linge avec cette eau. Ils mangent des poissons, quand ils ont la chance d’en attraper, contaminés par le pétrole et autres toxines. » Pour se dédouaner de leurs obligations de réparer les dégâts causés et d’indemniser les victimes, les compagnies pétrolières prétendent que les fuites sont dues à des sabotages de voleurs ou de la guérilla du MEND, en sorte, ce ne sont que des marées nègres!

Wolé Soyinka, je crie la négritude de ton peuple! Je crie contre la misère nègre qui pousse des gens à percer des pipelines, récolter un peu de pétrole pour alimenter la contrebande. Je crie la négritude d’un groupuscule d’hommes armés qui trompe son peuple en prétendant lutter pour la justice en semant la désolation. Je crie la négritude d’un pays souverain, soi-disant la plus « grande démocratie » d’Afrique qui ne peut visiblement rien face à la puissance de compagnies pétrolières occidentales qui se considèrent au dessus des lois. Je crie la négritude d’un état indigne qui reste indifférent par rapport à une telle catastrophe humaine et écologique. Je crie la négritude d’une société gangrenée par la corruption et la collusion d’intérêts financiers, l’état nigérian étant actionnaire majoritaire des consortiums locaux!

Si le Nigeria « démocratique » en est à ce point, qu’en serait-il du Togo? Pauvre Togo! Togo  où l’état a démissionné de son devoir de fournir des infrastructures viables et de garantir la propreté publique, la santé. Togo où les mots écologie et études d’incidence semblent inconnus: érosion de la côte accentuée par les ports  de la sous-région et le prélèvement du sable pour les constructions, décharges à ciel ouvert, services de voirie en mode « débrouillez-vous », usines polluant les sols et la mer, etc.. Imaginez nos 50km de côtes souillées par une marée noire!

Je suis soulagé, je me réjouis même, d’apprendre que la société américaine qui avait obtenu la licence d’exploration du pétrole au large du Togo, s’était retirée bredouille après avoir foré deux puits secs.

20 Juillet 2010

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