L’argent appelle l’argent…

Posted on juillet 26, 2010

2


J’ai regardé avec beaucoup d’intérêt ce week-end l’interview sur CNN de Mr James Mwangi, CEO de la banque kenyane Equity Bank (dommage que son accent est tellement incompréhensible qu’il a dû être sous-titré). Equity Bank a commencé ses activités en 1984 comme une institution de micro-finance pour évoluer en banque commerciale cotée sur la bourse de Nairobi avec pour objectif d’être un catalyseur d’une transformation socio-économique.

En fait j’ai toujours été dubitatif par rapport au phénomène de la micro-finance qui s’est développé dans nos pays. Ce mode de financement est faussement présenté par certains comme un remède miracle pour le développement de nos pays. J’ai toujours pensé que son but est plutôt de sortir les gens de la misère quotidienne en les aidant à démarrer une petite affaire, les crédits se limitant à des montants qui ne peuvent servir qu’à financer des petites activités individuelles ou communautaires, agriculture, artisanat, petit commerce, etc… On ne devient pas riche en obtenant un micro-crédit et les success stories restent pour le moins anecdotiques. Dans les années 1980 Pamelo Mounka chantait très justement « L’argent appelle l’argent… jamais vu un riche prêter de l’argent à un pauvre! » mais il se trompait en partie car aujourd’hui le riche prête bien aux pauvres … à des taux d’usurier, en moyenne 15%, qui peuvent même atteindre 20% et le recouvrement des crédits s’appuie principalement sur la pression sociale, aah l’Africain a tellement peur du « qu’en dira t’on », du cancan des voisins et de la famille! En fait, beaucoup de banques traditionnelles ont flairé le coup en se positionnant comme sponsors derrière des organismes qui pratiquent un hold-up social, « Robin des bois » inversé!

Le raisonnement de Mr James Mwangi est assez logique et convaincant. Les banques traditionnelles en Afrique sont élitistes, servent les 10% des nantis et ne s’adressent pas aux gens à revenu faible qui constituent 90% de la population. C’est aussi le cas au Togo où la demi-douzaine de banques commerciales qui opèrent ne sont pas préoccupés par le financement du développement à la base. Je me demande même ce qu’est devenue la SNI, dont l’objectif fondamental était la mobilisation de l’épargne et la distribution de crédit aux PME et PMI, mais qui en réalité était la pompe à fric d’Eyadéma! Mais je m’éloigne du sujet… Selon Mr James Mwangi, les banques traditionnelles fonctionnent donc comme un cut&paste du modèle bancaire européen, si elles ne sont pas carrément des filiales de banques européennes, et ne sont pas enclines à s’adapter aux réalités du marché africain.

L’expérience d’Equity Bank prouve qu’il est possible en Afrique qu’une banque normale adresse les besoins des citoyens moyens, leur offrant une alternative à ces banques des pauvres qui opèrent un système financier de seconde zone en dehors du système financier formel. On a vu récemment au Togo et au Bénin le cas des organismes qui ont mis en place des systèmes d’épargnes pyramidales frauduleuses qui ont fini par laisser sur la paille beaucoup de naïfs. Micro-finance, méga-arnaque? Je n’irai pas jusque là mais je crois qu’il faut en Afrique un système bancaire adapté aux réalités locales, un système bancaire qui permette aux citoyens moyens de financer l’acquisition d’une maison ou le démarrage d’un vrai business d’envergure, aux PME et PMI de se développer et de participer au marché mondial. A défaut c’est le développement à outrance de ces organismes de micro-finance qui sous le prétexte de servir ceux qui sont exclus du système financier formel et malgré leur objectif très louable, échappent de fait aux systèmes de régulation et de contrôle prudentiel du secteur financier. Par exemple au Togo, dans une économie anémiée, où l’état a démissionné de son rôle de garant de la protection du citoyen, les autorités de régulation du secteur de la micro-finance se limitent à une cellule dite d’Appui et de Suivi des Institutions Mutualistes ou Coopératives d’Epargne et/ou de Crédit qui est rattachée au Secrétariat Général du Ministère de l’Economie et des Finances alors que les banques traditionnelles relèvent de la Commission Bancaire de l’UMOA. Qui sait combien de malheureux silencieux sont pris à la gorge par un micro-crédit aux taux épouvantables ou ont perdu leur maigre épargne dans une pyramide?

L’argent appelle l’argent … et les pauvres restent pauvres!

26 Juillet 2010

Publicités