Ils zèment la mort!

Posted on août 17, 2010

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Le phénomène des moto-taxis zemidjans a pris une ampleur incroyable à Lomé et ses alentours. C’était dans les années 90 de grèves générales un moyen pour certaines personnes de tirer quelques revenus. Au fil des années, les zemidjans sont devenus des vrais acteurs socio-économiques, contribuant à résoudre ainsi qu’on le veuille ou non, un problème de chômage des jeunes et un problème de transport urbain dans Lomé et ses environs. Il parait même, que des fonctionnaires et des employés s’y mettent aussi en fin de journée pour arrondir leur fin de mois, rendant le système encore plus informel et incontrôlable, malgré une certaine coordination syndicale.

Évidemment comme tout phénomène spontané et non-structuré, cet engouement massif pour le transport de passagers à moto entraîne des conséquences dramatiques sur toute la société. D’aucun diraient qu’ils aiment la mort, d’autres diraient qu’ils sèment la mort, moi je dis simplement qu’ils zèment la mort! En effet ils travaillent dans des conditions difficiles au mépris de leurs vies et celle d’autrui, passagers ou autres usagers de la route. Dès les premières heures du matin ce sont des flots continus de motos qui se déversent dans les rues de Lomé, ces rues qui sont dans un tel état déplorable que certains parlent avec humour de nids de dindes au lieu de nids de poules, sauf sur les rues qui mènent vers des domiciles de maîtresses de Faure Gnassingbé! La conduite et le transport de passagers (et autres objets insolites) les exposent aussi à des troubles physiques divers liés aux conditions des routes, de la pollution sonore de leurs propres motos, et de la pollution de l’air par les gaz d’échappement d’essence frelatée…

Dans Lomé, les flots de motos sont tellement intenses et rapides que les autres usagers sont parfois contraints de forcer le passage pour pouvoir s’insérer dans la circulation, changer de direction ou traverser. Les zemidjans eux-mêmes zigzaguent entre les voitures, brûlent les feux rouges etc. Les accidents sont quotidiens et les traumatismes nombreux, me racontait un ami médecin urgentiste. Rares sont les zemidjans qui portent un casque et respectent scrupuleusement le code de la route, encore moins l’autorité des agents de la circulation. Dans un état de non droit, le policier représente ce pouvoir vomi par toute une population et que certains jeunes peuvent se permettre de défier pour exprimer leur révolte!

Il est difficile de réglementer a postériori un tel phénomène mais c’est la responsabilité des autorités publiques de faire en sorte de minimiser les conséquences néfastes de son développement anarchique. Tout le monde connaît la capacité de ce pouvoir dictatorial à mettre en place des systèmes répressifs mais dans ce cas ci il ferait mieux de travailler avec les syndicats de zemidjans pour assurer l’instauration d’une auto-discipline, d’un code de conduite, de formations … mais en est il capable? Ils zèment la mort!

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