Tour de passe-passe à Shanghai

Posted on août 21, 2010

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Ce 20 Août 2010 était la journée du Togo à l’Exposition Universelle de Shanghai 2010, journée rehaussée par la présence remarquée de notre célèbre pigeon voyageur Faure Gnassingbé. Malgré mon farouche parti pris à l’égard du pouvoir usurpé et dynastique qu’il incarne, je n’ai pas manqué d’être fier un instant (enfin une occasion de donner un message positif sur mon pays). Waouh le Togo est présent à l’Expo Universelle! Mais ma fierté n’a duré qu’un instant et mon éternel scepticisme a vite repris le dessus: qu’est ce le Togo a bien pu aller présenter à Shanghai? N’est-ce pas encore là que de la simple figuration?

Pour ceux qui ne le savent pas, le but d’une exposition universelle est de présenter les réalisations industrielles des nations qui y participent, une vitrine pour montrer les progrès technologiques et industriels. Le thème de l’Exposition Universelle de Shanghai est « Meilleure ville, meilleure vie« . Hum, me suis dis, cela se complique déjà pour nous, connaissant l’état de nos villes et sachant que notre pays a été classé récemment dernier pays du monde en matière de bien-être de la population et de la qualité de vie par le magazine Forbes! Comment vont-ils faire pour redorer notre blason? Au pouvoir togolais, spécialiste de manipulation et du trucage dans tout genre, rien n’est impossible!

Les seules informations que j’ai pu glaner ici et là sur les manifestations togolaises à Shanghai parlent de présentation d’artisanat, de défilés de mode de stylistes ou de présentation de troupes nationales de danse folklorique! N’ayant pas les moyens de me rendre à Shanghai pour voir ce tour de passe-passe de mes propres yeux, il ne me reste que le site officiel de l’expo pour m’informer. Le Togo se présente sous le thème de la « Prospérité de l’économie urbaine« , et la description de notre pavillon dit « Sur sa forme, le pavillon adopte les caractéristiques architecturales traditionnelles du Togo et des produits d’artisanat représentatifs de la culture du Togo comme décoratifs. Les trois espaces d’exposition liés par une galerie circulaire montre surtout l’évolution de la capitale de Lomé, l’idée de la construction urbaine et l’expérience de la prospérité urbaine en vue d’étudier les problèmes de l’urbanisation d’un pays en voie de développement. » J’avoue que je n’ai rien compris à ce texte ni aux maquettes qui l’accompagnent. Quand on sait qu’en réalité la ville de Lomé connaît un développement anarchique et que les infrastructures urbaines de base ne suivent pas, je me demande comment ils ont réussi ce tour de passe-passe!

Tout le monde connaît le problème de la montée des eaux dans les rues de Lomé pendant la saison des pluies. Faute de système d’égouttage dans la plupart des rues ou faute d’entretien quand les avaloirs existent, ce sont des torrents d’eaux qui se déversent dans Lomé et ses environs causant parfois des noyades et des dégâts matériels dans les maisons. Les marres se forment dans les rues, rendant difficile le trafic des véhicules (Je me demande si la Maybach de Faure Gnassingbé dispose d’un kit amphibie). Il parait même que dans certaines zones comme Baguida, les marres d’eau de pluie persistent plusieurs semaines après les pluies et qu’il faut une pirogue pour s’y rendre! Un vrai problème d’urbanisation dans une ville qui s’est étendue de manière exponentielle dans les dix dernières années sans que les infrastructures urbaines suivent. Les grandes artères sont les seules rues de Lomé qui sont goudronnées et disposent de système d’égouttage. Pour noyer le poisson, certaines personnes de mauvaise foi diraient que ce problème est saisonnier et localisé et n’influence que partiellement la qualité de vie globale.

Que disent ils alors de la distribution de l’eau courante, un problème permanent toute l’année et signe flagrant d’une absence de gestion et de l’anticipation du développement de la ville? Avec moins de 40% de couverture en zone urbaine c’est l’un des taux les plus faibles de la région selon le JMP. Alimentée par des forages, des barrages et des captages en rivières et sources, la capacité de la distribution est largement inférieure à la demande, la qualité de l’eau est trop douteuse pour la boire, et la pression insuffisante. Sans données statistiques à ma disposition, j’ai baladé mon micro trottoir parmi mes parents et amis pour voir comment ils se débrouillent dans cette situation:

  • On m’a parlé des citernes d’accumulation installées sur le toit des maisons pour capter l’eau quand celle-ci est disponible et assurer la pression dans les tuyaux de la maison surtout quand elle est à étage; gare à la légionellose quand les bactéries se développent dans des citernes mal entretenues.
  • On m’a parlé de bassines et de seaux d’eau pour récolter le mince filet d’eau qui arrive par intermittence, chez ceux qui n’ont pas les moyens de se payer l’installation d’une citerne d’accumulation.
  • On m’a parlé de forage privé actionné par une pompe hydraulique, et quand il y a coupure de courant, il ne nous reste plus qu’à chanter comme on le faisait dans le vieux quartier de Kodjoviakopé « égbéa nyé mé tsia légué o » (« Aujourd’hui je n’ai aucune envie de me laver »).
  • On m’a parlé de la consommation d’eau minérale en bouteille pour les gens nantis, à ce prix certains ont vite fait de se contenter des boissons locales deha ou sodabi!
  • On m’a parlé de la consommation de « pure water », ces petits sachets d’eau très prisés par le commun des loméens… mais certains emballages n’inspirent pas confiance à l’oeil nu, de là à vérifier la qualité du contenu…

Pour les avancées remarquables en matière d’environnement et de protection de la nature, il suffit d’aller voir la marre nauséabonde qui se déverse dans la mer au niveau de l’hôtel Ibis (nouveau siège temporaire de l’UFC-AGO tendance Gilchrist Olympio) ou bien d’aller observer le ballet des camions qui vident le sable sur la côte au niveau de l’hôtel Sarakawa (dont l’ancien premier ministre Koffigoh semble affectionner la quiétude du bord de la piscine à midi).

Allez Faure, t’es démasqué, ton tour de passe-passe à Shanghai n’enchantera peut-être que les Chinois, nous on en rit jaune! Pourquoi dépenser de folles sommes pour un pavillon à Shanghai? A titre d’exemple, l’Algérie en aurait eu pour environ 1 million d’euro (en dehors des subventions de l’organisateur et des contributions de sponsors) rien que pour les frais de fonctionnement de son pavillon. Même si le Togo n’en dépensait que la moitié, on aurait mieux fait d’utiliser pareille somme à des projets beaucoup plus utiles pour la population. Du thème sur la prospérité économique dans la ville, on n’aura vu que la gabegie de ce régime!

Allez Faure, « safe flight back home », et comme dit mon ami Gerry « allez, bonne journée, notre pays nous attend! »

21 Aout 2010

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