Ouaf, ouaf, bruits de bottes au Togo!

Posted on septembre 5, 2010

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Dans un récent billet intitulé « Pourquoi l’armée a pris le pouvoir en 1967 au Togo » sur son blog (voir ici), mon ami Gerry Taama se lance dans une justification osée des coups d’état au Togo partant du contexte politique de 1967 et faisant un parallèle assez tendancieux sur la situation du parti politique UFC en 2010. C’est un pavé dans la marre de la part de cet officier des Forces Armées Togolaises «en position de non-activité provisoire» et converti aux affaires, un pavé que je me dois de réceptionner et relancer en ma qualité d’ex-jeune ékpémog «en position de non-activité définitive».

La situation en 1967 entre Nicolas Grunitzky et Antoine Meatchi n’a rien à avoir avec les conflits internes à l’UFC de nos jours. Ces deux hommes ne faisaient pas vraiment partie du même parti, encore moins de l’UFC qui n’existait pas à l’époque! Pour rétablir les faits, il faut remonter au lendemain du premier coup d’état de 1963 où les assassins d’Olympio « donnèrent », sous la pression de l’ex-colonie, le pouvoir à ces deux anciens adversaires d’Olympio: Grunitzky était du PTP et exilé en Côte d’Ivoire, Méatchi était de l’UCPN et exilé au Ghana même s’ils se réclamaient tous les deux de l’UDPT, une sorte de fusion contre nature entre l’UCPN et le PTP, deux partis mis en déconfiture par le CUT de Sylvanus Olympio à la veille de l’indépendance du Togo de 1960. Ces deux hommes de paille n’avaient donc pas les mêmes visions politiques et leur rivalité au sommet de l’état a été instrumentalisée pour en arriver à une première tentative de coup d’état en novembre 1966 à laquelle Méatchi était semble t’il mêlé, puis à la reprise du pouvoir par « ses vrais propriétaires » avec le coup d’état de 1967 et le démarrage de la dynastie Gnassingbé.

La crise actuelle au sein de l’UFC n’est pas une simple querelle de personnes, il s’agit d’un conflit de vision et de méthode de lutte politique qui a été exacerbé par la décision unilatérale de Gilchrist Olympio, un vieux leader sur le déclin, courtisé et manipulé, de servir de béquille au RPT et à Faure Gnassingbé dans un soit-disant gouvernement d’ouverture. Aujourd’hui, le seul parallèle que l’on puisse faire avec la situation de 1967 c’est l’instrumentalisation faite par le pouvoir du conflit interne à l’UFC en prenant ouvertement partie pour un traite renié par les siens et s’en servant pour museler toute opposition.

La stratégie du pouvoir, c’est détruire l’UFC, la seule force d’opposition réellement implantée dans toutes les régions du Togo et dans toutes les couches sociales, c’est se servir des forces armées pour réprimer toute contestation populaire, museler les médias, provoquer et prétexter de l’insurrection pour mettre fins aux libertés publiques, emprisonner les leaders politiques, instaurer l’état d’urgence, supprimer les partis et les activités politiques, mettre en place un gouvernement militaire, revenir au parti unique RPT! Au vu des récents événements, cette stratégie, un cauchemar pour toute personne éprise de liberté, est en marche…

En tant que démocrate, je dis haut et fort que l’armée doit rester dans les casernes et ne doit avoir pour rôle que défendre la nation contre les menaces extérieures. Rien ne peut justifier un coup d’état et une prise de pouvoir par l’armée! C’est bien le rôle du chien de garde domestique de défendre la maison contre les attaques venant de l’extérieur et non de devenir le maître de la maison; aussi qualifie t’on chez nous de « apémévu » (chiens de maison), ces jeunes garnements qui sèment la terreur chez eux à la maison mais n’ont aucun courage à l’extérieur. Ouaf, ouaf !!!

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Posted in: Afrique, Politique, Togo