Silence bouffon!!

Posted on septembre 20, 2010

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Dans mon analyse de la situation du Togo, je n’ai pas l’habitude de me préoccuper du menu fretin ou des hommes de paille, non pas par dédain mais par souci d’économiser mon encre pour les gros morceaux. Je ferai aujourd’hui une exception pour ce bouffon d’Abass Bonfoh, l’éphémère président de la république en 2005. Nul ne sait quel mouche a piqué Abass Bonfoh pour sortir de son silence et déclarer à propos des massacres qui ont pavé la montée au pouvoir de Faure Gnassingbé en 2005 « Quand vous racontez qu’il y a eu des morts au Togo, quels morts, où ont-ils été enterrés et qui s’en était plaint ? Ce ne sont que des histoires auxquelles je ne crois pas, parce que je n’ai rien vu de la sorte, pas même un seul mort…Qu’on nous montre les morts ou les fosses communes dans lesquelles ils sont enterrés. Je n’ai vu aucun cadavre« .

Bonfoh, ton silence était si éloquent, pourquoi l’ouvrir maintenant pour nous sortir cette preuve de ton inintelligence? Silence bouffon!!!

Finalement, le hasard fait bien les choses car à peine mon texte commencé que je reçois le communiqué suivant. Je n’userai pas plus mon encre car quelqu’un d’autre l’a déjà fait, une personne très respectable et je lui laisse la parole.

Communiqué du Professeur Aimé Gogué

Ils sont nombreux ces Togolais qui ont suivi avec consternation l’entrevue de Son Excellence Abass Bonfoh, Président de l’Assemblée Nationale. Ce sentiment ressenti par les Togolais vient du fait que son Excellentissime n’est pas n’importe qui. D’abord, détenteur du titre « El Hadj » Monsieur Abass Bonfoh, à première vue  est un homme religieux pratiquant qui à ce titre, il est censé connaître la valeur de la vie humaine. Ensuite, de ce que l’on dit de lui en privé, il est sobre et humble. Paradoxalement les déclarations du sieur Abass Bonfoh mettent en doute toutes ces valeurs que l‘on est tentée  de lui donner à tort ou à raison.

En parlant des évènements tragiques de 2005, son Excellentissime Abass Bonfoh a fait preuve d’une incohérence intellectuelle dans la présentation des faits historiques qui ont eu lieu du 5 février 2005 jusqu’aux tueries d’avril 2005. Avant de revenir sur ces déclarations, il nous paraît important de rafraîchir la mémoire de l’intéressé lui-même et de tous ses compères qui continuent de commettre des crimes de sang. On se souvient que l’irruption opportuniste et inattendue aux commandes des affaires de l’Etat de son Excellence Abass Bonfoh, n’a été possible que grâce à la mort du Général Gnassingbé Eyadéma. Comment cela a-t-il été possible ? On se rappelle que Monsieur Abass Bonfoh, n’était pas celui là qui, constitutionnellement,  devrait succéder au Président de la république en cas de vacances de pouvoir. Mais la volonté des tenants du pouvoir en place à toujours tordre le coup aux lois morales et fondatrices de la Nation togolaise, les ont amenés à éjecter de la pire des manières, l’honorable Natchaba Ouattara Fambaré du poste de Président de l’Assemblée Nationale. On se rappelle aussi que c’est Monsieur Abass Bonfoh, deuxième Vice Président de l’Assemblée Nationale d’alors, qui devient dans la nuit même du 5 au 6 février 2005, premier Vice Président, qui a présidé à la réunion apocalyptique au cours de laquelle, l’Assemblée Nationale a légitimé le coup d’Etat perpétré par Faure Gnassingbé avec l’aide de l’armé. Cette simple participation à ces acrobaties constitutionnelles, met en doute la personnalité de son Excellentissime Abass Bonfoh. Dès lors qu’au lendemain du 6 février, Faure Gnassingbé, ministre, devient subitement député, président de l’Assemblée Nationale, puis Président de la République dans la même nuit au nez et à la barde de sieur Abass Bonfoh prouve à suffisance que ce dernier ne peut organiser des élections avec à la clef des violences et des tueries.

C’était sans compter l’ampleur de la honte des Togolais sur le continent africain, et évidemment  cet acte ne pouvait donc être accepté ni par les amis d’hier du Général Gnassingbé Eyadema, ni par les institutions africaines et encore moins par les Togolais qui spontanément ont réagi. Face à cette réaction, l’armée a opposé les chars et les fusils d’assaut et on enregistra les premiers morts déjà le 6 février. Devant la réaction de la population et les pressions hypocrites de la communauté internationale, Faure Gnassingbé a été contraint à la démission mais rassuré par cette communauté internationale qu’il retrouvera son fauteuil présidentiel peu importe le nombre de morts sur lesquels il devrait marcher. Son Excellentissime Abass Bonfoh devenait alors Président de l’Assemblée Nationale, poste laissé par Faure Gnassingbé ; et c’est là qu’intervient la parenthèse douloureuse de la présidence de Sieur Abass Bonfoh.

Devenu Président de la République par la force des choses (Dieu Donné),  celui-ci en dépit de la dégradation avancée du climat social, s’est prétendu légaliste en voulant organiser coûte que coûte les élections dans les 60 jours. Or, cette même constitution, a été bafouée par le même Abass Bonfoh lorsque l’Assemblé Nationale a légitimé le coup d’Etat perpétré par l’armée au profit de Faure Gnassingbé dans la nuit du 5 février. On se rappelle que cet acte ignoble, qui constitue un crime imprescriptible suivant les dispositions de la constitution, a été diffusé en boucle par la télévision d’Etat dont les images présentaient l’allégeance de l’armée aux deux fils du Général Gnassingbé Eyadéma, à savoir Faure et Kpatcha Gnassingbé. Nous croyions vivre un rêve. Que son Excellentissime Abass Bonfoh veuille revenir sur ce qui s’est passé en 2005 en tentant de se dédouaner de sa responsabilité est incompréhensible.

La crainte très élevée de Dieu du peuple togolais laisse croire au Sieur Abass Bonfoh, que ce peuple a la mémoire courte. Si non, une grande sagesse nous apprend, que lorsque ce qu’on veut dire va blesser et gâter plutôt que d’apaiser et arranger, il vaut mieux se taire. Ainsi, il aurait dû faire preuve de retenue et éviter des propos qui rappellent la souffrance endurée par des milliers de familles.

Les institutions de la République qui prétendent ramener un climat de paix et de concorde national à travers la mise en place de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR) devraient réagir devant ces propos du premier responsable de l’Assemblée Nationale. On peut se demander également qu’elle est la réaction de la CVJR à la suite de cette sortie de Son Excellence Abass Bonfoh ?

Les Togolais ont été choqués du fait que le Président de l’Assemblée Nationale ait pu déclarer par exemple que « nous sommes tous responsables ; tous les Togolais sont responsables, en commençant par les présidents des partis politiques sans exception aucune. » devant les tueries de 2005. Qu’il nous dit quel parti, autre que le RPT, a fait d’un ministre, député, président de l’Assemblée Nationale et Président de la République en une nuit. Son Excellence Abass Bonfoh voudrait-il que le peuple accepte cette forfaiture comme une lettre à la poste dans un monde devenu planétaire ? Ceci nous paraît irresponsable de la part de celui qui fut le premier responsable de l’exécutif du pays.

Ils sont nombreux ces Togolais  qui savent que durant la période où il a été Président de la République, Monsieur Abass Bonfoh n’était qu’une marionnette et le peuple peu encore accepter sa demande de pardon que ses propos irrévérencieux. Il est totalement inadmissible qu’il puisse prétendre qu’il n’était pas au courant de ce qui se passait dans le pays. Il doit savoir que la plupart des leaders de l’opposition avaient appelé leurs militants à la non violence comme il l’ont d’ailleurs toujours fait et comme ils le font encore après le scrutin présidentiel du 4 mars 2010. Il ne doit pas ignorer que des Togolais dans le quartier de Bè par exemple, pour éviter des bastonnades répétés des agents des forces de l’ordre déchainées, étaient obligés d’écrire sur leur maison « déjà frappés ! » Devant l’ampleur des tueries qui se profilaient à l’horizon, et conscient de son impuissance à conduire un processus électoral qui était suicidaire, son ministre de l’intérieur d’alors, le colonel Boko a jeté l’éponge devant le refus catégorique de Sieur Abass Bonfoh de trouver un autre moyen de conduire la transition que d’organiser coûte que coûte les élections dans cet environnement délétère.

Ne pas avoir vu un mort ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de morts. Pour nous les Togolais qui avons eu au moins un mort dans nos familles, il y a de quoi sincèrement s’inquiéter du fait que les comptes-rendus des services de renseignements qui parvenaient au premier responsable du pays n’aient pas mentionné qu’il y avait des morts à la suite des violences post électorales de 2005. Nous ne pouvons pas comprendre que notre illustre Président de l’Assemblée Nationale, en tant que premier responsable du pays et en tant que l’un des premiers responsables d’un parti politique du pays et en dépit de l’exode massif des Togolaises et des Togolais en 2005, n’ait pas pris la peine de chercher la cause de ces fuites devant les forces de l’ordre.

Qu’il aille jusqu’à soutenir que « c’est d’ailleurs vous (en parlant des journalistes) qui m’apprenez qu’une commission du gouvernement avait reconnu des centaines de morts; cette affirmation vous engage. » et nier ainsi les conclusions de la commission Koffigoh, mise en place par le Gouvernement est difficile à comprendre !

En affirmant que « ce qui est arrivé en 2005 incombe aux militants; c’est entre eux-mêmes que s’étaient orchestrés des règlements de compte. En tant que président de la République en ce moment, ce sont des comptes-rendus qui me parvenaient d’être au parfum de ces événements ; je n’étais ni gendarme ni militant d’un parti, je n’étais pas encore moins dans la rue, ou responsable de parti politique », témoigne de son incapacité à assumer une tâche pareille mais qu’il a accepté pour faire de la figuration. Ignorait-il les prérogatives et la responsabilité d’un Président de la République dans le maintien de l’ordre et de la paix civile ? Ces affirmations révèlent de véritables lacunes de sa part.

Paradoxalement, des liens très complexes unissent les Togolais et les familles togolaises. Dans ces conditions, il est certain que Son Excellentissime Abass Bonfoh ait lui-même perdu une de ses connaissances, ou, a un ami qui a perdu quelqu’un. Comme tout être humain dans ces conditions, il a certainement éprouvé une grande tristesse et a certainement soutenu en pensée et par actions les familles éprouvées. Et pourtant, peut-il avoir oublié en si peu de temps, les souffrances de ces Togolaises et Togolais qui ont perdu des membres de leur famille ?

La quasi-totalité d’entre eux sont morts uniquement parce qu’ils ont porté des Tee Shirts à l’effigie du candidat de leur choix,  ou parce qu’ils ont exprimé de manière visible et non nécessairement ostentatoire leur soutien ou, voté pour Bob Akitani, candidat de La Coalition. Nous croyons qu’en réagissant sur ce qui s’est passé au Togo en 2005, il serait décent que nous nous rappelions que ces jeunes qui ont été violentés voire tués sont des pères, des mères, des époux, des frères ou des sœurs ou des fils ou filles ou des amis et amies d’autres Togolaises et Togolais. En fait, ils sont des êtres humains et des enfants de Dieu. Ayons au moins la décence de reconnaître que comme tout être humain, tous ceux qui sont morts ont aussi un cœur et un cerveau et que le sang coulait dans leurs veines ; ils ont des sentiments et une mémoire. Leurs parents et amis qui survivent, ont éprouvé et continuent d’éprouver une douleur profonde du fait de ces disparitions. Qu’ils soient faibles ou forts, riches ou pauvres, de l’opposition ou du pouvoir, ils sont tous des enfants de Dieu. A ce titre, ils avaient aussi le droit de vivre. Leur vie aurait dû être protégée par des Togolaises et des Togolais ! Et cela relevait de la responsabilité du Premier Responsable de l’Exécutif qu’était Son Excellentissime Abass Bonfoh. En tant que Président de l’Assemblée Nationale, le Sieur Abass Bonfoh aurait pu et aurait dû demander une enquête parlementaire sur les violences qui se sont déroulées dans le pays. Il ne l’avait pas fait. Même s’il est possible qu’il y ait eu des exagérations, au moins qu’il ait l’humilité de respecter leur mémoire au lieu de prétendre qu’il n’y pas eu de mort ! Même un seul mort pour le Togo est un mort de trop.

Nous ne devons pas, pour des raisons bassement politiques, continuer de nier le fait que des Togolaises et Togolais ont été tués après le scrutin présidentiel de 2005.  Au lieu de tourner le couteau dans la plaie en niant tout en bloc, diminuons la douleur de ceux qui sont encore en vie, en reconnaissant au moins que des choses inadmissibles ont été commises avant, pendant et après les élections présidentielles de 2005.

Avons-nous vraiment un Président de l’Assemblée Nationale ?

Tchabouré Aimé GOGUE

Président du Bureau Exécutif National de l’ADDI

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Posted in: Afrique, Politique, Togo