La messe est-elle dite?

Posted on octobre 9, 2010

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Sarkozy vient de rendre visite au pape Benoît XVI ce vendredi pour, selon le communiqué officiel « dissiper le malentendu né autour de la situation des Roms en France » mais je ne peux m’empêcher de penser comme beaucoup de citoyens du monde qu’il s’agirait plutôt de se faire absoudre des petits péchés et se donner une nouvelle virginité aux yeux d’une certaine France très catholique ! Sarkozy n’est pas le premier et ne sera pas le dernier. Notre président héréditaire Faure Gnassingbé, chef suprême des forces armées de tortionnaires et de génocidaires du Togo n’a-t-il pas fait le voyage du Vatican en Avril 2006 à peine un an après le massacre de centaines de concitoyens en 2005, puis comme si cela ne suffisait pas en Janvier 2008 ?

Que vont-ils bien faire au Vatican et que peuvent ils dire de concret en une demi-heure de conciliabule privé ? La confession pardi ! « Bénissez moi, mon Père  parce que j’ai péché… ». En se confessant, on reconnaît ses péchés, on soulage sa conscience, on demande le pardon de Dieu, on demande la purification de son âme, on repart nouveau… Chiche! Pour ces gens sans aucune morale, sans foi ni loi que celle qu’ils imposent aux autres, c’est juste une manière de remettre un certain compteur à zéro et de faire pire qu’avant! Absous, Sarkozy ne se gênera pas demain à nous sortir un autre discours démagogique stigmatisant ou une autre loi d’exception sur une autre communauté étrangère en France. Absous, Faure Gnassingbé se pavane dans le monde et laisse champs libre aux tortionnaires d’hier dans leurs basses besognes pour réprimer l’opposition togolaise et les défenseurs des droits et des libertés publiques, mater les manifestants à coup de matraques et de gaz lacrymogènes, persécuter et torturer les contestataires du régime, museler les médias indépendants, et même dénier la liberté de culte !

Aujourd’hui le pardon papal semble donc une manière de donner une virginité après des actes moralement répréhensibles et un espoir pour certains d’échapper à la justice des hommes. Au Togo, dans la foulée de l’absolution papale, in nomine papa, on a vite fait de nommer un prélat à la tête d’une CVJR (commission de vérité de justice et de  réconciliation) dans le seul but de noyer le poisson, le temps que les preuves de méfaits s’évanouissent dans la nature et dans notre mémoire collective. Pour preuve, à peine commencés les travaux de cette commission que les manœuvres du pouvoir ont démarré, la déclaration négationniste d’Abass Bonfoh, deuxième personnage de l’état, la violation du secret des dépositions des témoins, les manœuvres d’un ministre de l’état pour faire disparaître les archives contenant les rapports témoignant des massacres. Tout ceci avec le silence coupable d’une certaine classe politique, l’amorphisme d’une intelligentsia togolaise fatiguée par vingt ans de lutte, l’inaction d’une diaspora togolaise blasée…

Le pardon du pape n’est pas tout car « si la justice disparaît, c’est chose sans valeur que le fait que des hommes vivent sur la terre » (Kant). Dieu seul sait quel sort il a réservé à Eyadema depuis sa mort mais depuis qu’il nous a quitté et laissé dans les mains de sa progéniture, notre sort à nous togolais n’a pas faure amélioré sur terre. La messe est-elle dite pour nous ?

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés (Matthieu 5,6)

9 octobre 2010

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Posted in: Justice, Religion, Togo