Ce n’est pas fini Docteur…

Posted on mai 7, 2011

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Le 5 mai 1992, le Docteur Marc Atidépé meurt assassiné par un commando dirigé par Ernest Gnassingbé dans une embuscade entre Bafilo et Soudou. Je me souviens encore des cris et des pleurs des femmes à l’annonce de cette triste nouvelle comme si c’était hier. Le nom de cette localité de Soudou est à jamais associé à la barbarie et l’impunité du régime Gnassingbé. Bientôt 20 ans déjà et les principaux instigateurs Eyadéma et son fils Ernest sont aussi morts mais cela ne justifie pas l’indifférence ou l’oubli. L’autre fils Faure Gnassingbé perpétue ce régime sous un autre visage mais avec les mêmes méthodes : arrestations arbitraires, tortures, exécutions sommaires, traitements inhumains et dégradants, harcèlements et exactions contre les leaders de l’opposition, répressions contre les militants à l’intérieur du pays, licenciements et mutations arbitraires, suspensions arbitraires de stations de radio privées, procès contre les médias, exclusion de députés de l’opposition de l’Assemblée Nationale, etc.

Voici quelques extraits d’un article de l’historien Godwin Tété (http://www.diastode.org/Droits/tete4e.html) qui relate les événements de Mai 1992:

Le mardi 5 mai, il pleut sur la ville de Sokodé et dans toute la région. Ce qui perturbe quelque peu le programme des meetings. Mais en fin de matinée le convoi des véhicules de l’UFC s’ébranle de Sokodé en direction de Bafilo. Le convoi est précédé de quelques minutes par un véhicule de sécurité avec à son bord deux hommes. Au total, sept véhicules, qui tomberont dans une embuscade entre Bafilo et Soudou.

Sur la route vers 12 heures, le convoi est attaqué. A quelque 200 mètres après avoir franchi le pont de la rivière Sarah, une bombe explose devant la Nissan Patrol de Gilchrist Olympio. Les véhicules précédant la Patrol n’ont pas été inquiétés. «Aussitôt après l’explosion, les trois derniers véhicules du convoi : le 4×4 Nissan à bord duquel se trouvent Gilchrist Olympio et le Docteur Atidépé, le 4×4 Mitsubishi et la Peugeot-404 sont pris sous un tir nourri que les témoins identifient comme celui d’armes automatiques. » [Rapport de la FIDH, n° 155, Togo, Mission d’enquête internationale, à propos des événements de Soudou survenus le 5 mai 1992, p. 15.]

Patrick Lawson, un rescapé, raconte : «Embusqués derrière un bois, nos assaillants ont tranquillement laissé passer les véhicules en tête du cortège avant d’ouvrir le feu. En immobilisant la voiture qui précédait la Nissan Patrol de Gil, ils étaient assurés d’avoir une cible statique. Devant le barrage de tirs, notre véhicule est tombé dans un ravin. Même avec les pneus-avant crevés, notre chauffeur a continué de rouler jusqu’au village de Soudou (préfecture d’Assoli), où nous devions tenir un meeting régulièrement autorisé. » [Jeune Afrique, n° 1637, 21-27 mai 1992, p. 8.]

Gilchrist Olympio est atteint au poumon et à la hanche de plusieurs balles explosives. Patrick Lawson et le chauffeur de la Nissan Patrol, quoique tous les deux blessés réalisent qu’il faut immédiatement quitter les lieux. Un habitant de la région leur affirme qu’il est possible de se rendre rapidement au Bénin. Il leur indique le chemin. La piste est impraticable, mais ils n’ont guère le choix. Selon le rapport de la FIDH sur cet événement: «Aussitôt après l’attentat les différents véhicules sont rassemblés sur la place de Gandé, quelques kilomètres plus loin. Le véhicule Nissan dans lequel avaient pris place Gilchrist Olympio et le Docteur Atidépé est abandonné là après que ceux-ci, le premier gravement blessé, le second déjà mort, avaient été transportés dans un autre véhicule au Bénin. » [Rapport de la FIDH, n° 155, Togo, Mission d’enquête internationale, à propos des événements de Soudou survenus le 5 mai 1992, p. 16.]. Gilchrist Olympio sera opéré une première fois à Natitingou (Bénin). C’est un Grumman spécial de la présidence ivoirienne qui le transportera ensuite à Paris pour des soins à l’hôpital du Val-de-Grâce.

Le régime Gnassingbé a changé de visage mais ses pratiques n’ont pas changé. Pire, la dictature est devenue plus sournoise, plus maligne, et les tenants du pouvoir usent intelligemment de la duplicité pour tromper le peuple et la communauté internationale. Ils décrètent la réconciliation sans la justice, le pardon sans la vérité ; ils annoncent des dialogues sans participant, des consensus sans dialogue;  ils soudoient de faux opposants pour discréditer les mouvements de contestation ; ils paient des journalistes véreux pour présenter une image angélique des usurpateurs; ils corrompent les magistrats et les avocats pour faire appliquer leur loi à la place de la justice; ils invitent les citoyens à travailler et bâtir le pays tout en dilapidant sans vergogne les richesses du pays. Nous avons le devoir moral en mémoire des martyrs comme Marc Atidépé, de continuer la lutte pour libérer le Togo des mains de ce clan et tourner la page de ces années noires de notre histoire. Ce n’est pas fini Docteur…

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Posted in: Afrique, Togo