Témoignage de Cedric Johnson: j’accepte de mourrir pour mon vote et mes droits

Posted on septembre 7, 2012

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 » ANC!… ANC!… FRAC!… FRAC!…Merci à vous. Voici ce qui m´est arrivé: le 12 (Juin 2012) le Collectif Sauvons le Togo avait appelé à une marche, suivi d’un sit-in à Dekon. Ce qui m´est arrivé c’est le 13 (Juin 2012) à 7 heures.
J´avais un mégaphone et j’exhortais les gens qui étaient partis à la maison le 12, pour qu ils reviennent et qu´on termine le travail. J´étais au niveau du marché d´Amoutiévé et il y avait un jeune homme qui me suivait.
C´est quelqu´un que je connais bien. Et il m´a dit… Arrivé au niveau du dispensaire d´Amoutiévé, il m´a dit que sa maison était quelque part par là, et qu´ il allait se laver, et dès que je serais prêt, je devrais passer chez lui afin qu´on se rende tous les deux à la marche. Je suis passé au niveau du marché d´Amoutiévé et j´ai pris la direction de la forêt de Bé.

Tout d´un coup j´ai vu une voiture de policiers et six (policiers) en sont sortis et ont sauté sur moi. Il m´ont arraché le mégaphone et ont commencé à me frapper. Alors, j´ai saisi les cordelettes avec lesquelles ils me frappaient.
Ils m´ont dit de lâcher les cordelettes, j´ai répondu non, s´ils voulaient me tuer qu´ils me tuent. Le capitaine a dit: on t´a encore rien fait, (inaudible… ) et le policier a dit au capitaine: « il lâche pas les cordelettes ! » Le capitaine m´a dit de les lâcher(…) Non loin de là il y avait des journalistes. Le capitaine m´a donné un coup de pied sur la poitrine; mais j´ai pas laissé les cordelettes, j´ai dit que j´étais prêt à mourir pour mon pays. Il m´a encore donné un coup de pied et je suis tombé. Le capitaine a donné l´ordre de me frapper.
Il y avait une femme non loin de là qui disait: « c´est l´enfant de quelqu´un que vous frappez comme ça?? Laissez-le, il n´a rien dit ! » Il y avait des jeunes là qui sont venus en courant.
Très rapidement, les policiers m´ont pris et m´ont mis dans leur voiture. Je voulais m´asseoir sur le siège mais ils me l´ont pas permis, ils m´ont mis sous le siège et ils m´ont frappé sur la poitrine avec leur bouclier. J´avais un portable et une somme de 5 000 fcfa, dont ils m´ont dépourvu.
On est passé dans les ruelles avant d´arriver à la DPJ (Direction de la Police Judiciaire).

Arrivé à la DPJ ils m´ont fait rentrer dans une pièce et l´officier m´a demandé mon nom et je lui a dit: Johnson Cédric. « Qu´est-ce que t´as fait pour qu´on t´amène ici.» Je lui ai dit qu´avec un mégaphone j´appelais les nôtres à sortir pour faire la marche. Il m´a demandé : «c´est tout ce que tu as fait ? t´as pas lancé des pierres?» Je lui ai répondu que non. Il m´a demandé : « tu fais partie de quelle formation politique ? », je lui ai répondu ANC (Alliance Nationale pour le Changement). Il m´a donc dit : « je vais te dire une chose : Si tu décides d´abandonner la formation, je te laisse partir » Il m´a demandé : « Pourquoi tu suis Jean-Pierre Fabre ? (président de l´ANC) » Je lui ai dit que c´est parce que j´ai voté pour lui en 2010 et que la victoire lui a été volée par la fraude . Il a dit : « c´est à moi que tu dis ça ? ». Alors je lui ai répondu : « Chef, j´ai pas peur, je vous dis pas de bêtises, c´est mon droit de réclamer la victoire de Jean-Pierre Fabre. Si je dois mourir pour avoir voté pour lui, je suis prêt. »

Il a appelé le Commissaire au téléphone, et ce dernier a demandé qu´on me fasse monter dans son bureau. Arrivé là, le Commissaire me dit : « Est-ce que tu vas dire la vérité ? » Je lui ai répété la même chose. Il m´a demandé : « Est-ce que ce ne pas Ajavon Zeus et J. Pierre Fabre qui t ´ont remis le mégaphone pour appeler les gens à manifester et à casser? » J´ai dit non. Il a remis un papier à l´officier et lui a dit de m´amener. Ils m´ont menotté, m´ont fait sortir et on est descendu. I
ls ont amené une de leurs voitures Ils m´ont mis une cagoule sur la tête et on est rentré dans la voiture. Il y avait un policier à côté de moi. En cours de route je me suis rendu compte qu´on passait à côté de l´hôtel Oba, en allant vers GTA.

Finalement on est arrivé dans une pièce, je sais pas où. Ils m´ont enlevé la cagoule et fermé la porte. On a attaché mes deux mains à des fers, en croix, et on m´a demandé de lever la tête et ont allumé une lampe, fixée dans mes yeux. La lumière me piquait les yeux et, quand je voulais baisser la tête, ils me donnaient un coup de matraque sur les jambes et sur la tête. Je me suis rendu compte que j´avais plus de force, j´étais affaibli. Le chef a demandé qu´on détache mes mains du fer et qu´on les attache dans le dos.
Ils m´ont fait asseoir sur un siège et ont rapproché une bassine contenant de l´eau. On a branché quelque chose au courant et on a mis le bout du fil dans la bassine. Ils ont mis ma tête dans l eau et m´ont demandé de dire la vérité, à savoir, si c´est pas Fabre et Zeus qui m´ont demandé d´appeler les gens au vandalisme. Je leur ai répondu que, s´ils voulaient me tuer, j´étais prêt à mourir. De temps en temps ils sortaient ma tête de l´eau et me posaient la même question et je leur répondais de la même manière.
J´étais fatigué et j´ai fait semblant d´être presque mort. L´officier a demandé alors au tortionnaire de voir si je suis vivant ou pas. Il a levé ma tête et a vérifié, et il lui a dit que je respirais toujours. L´officier a dit : « Je ne voudrais pas qu´il meure dans nos mains. Il faut qu´on le ramène»
Alors, ils m´ont remis la cagoule sur la tête, m´ont fait sortir et m´ont ramené à la DPJ. Arrivé là-bas, j´étais inconscient. Ils m´ont mis dans une cellule et à mon réveil, d´autres prisonniers m´entouraient et me demandaient « Qu´est-ce qui t´es arrivé ? Tu as des blessures sur tout le visage … » Et je leur ai raconté ce qui s´est passé. Parmi eux il y avait un ibo (ethnie du Nigéria) , pris à cause d´un problème de trafique de drogues. Il a fait sortir 10 000 francs cfa pour que quelqu´un achète un médicament afin de soigner mon visage. Le soldat qui nous gardait a réclamé de l´argent pour laisser passer le médicament. Le ibo lui a donc remis 2000 fcfa.

J´y suis resté une semaine. A un moment donné j´avais mal à la poitrine et j´ai commencé à crier et à pleurer. On l´a rapporté au Commissaire et il a demandé à ce qu´on m´amène au pavillon militaire pour me faire soigner, ce que j´ai refusé. Il m´a demandé là où je voulais me faire soigner. J´ai répondu que je voulais aller au cabinet du docteur Fiadjo, alors il m´a dit : « Si tu veux aller là-bas, vas-y. Si tu meurs alors, c´est pas mon problème. »
Après, les défenseurs des droits de l´homme sont venus nous voir. Le commissaire m´a dit : « Si jamais tu racontes ce qui s´est passé aux gens des droits de l´homme, si tu pars d´ici, ce qui va t´arriver après sera pire. »

Aujourd´hui je suis ici, je dis publiquement au Commissaire de la DPJ que je n´ai pas peur de raconter ce qu´ils m´ont fait. Hier je l´ai raconté aux gens des droits de l´homme et aux journalistes. Merci à tous ceux qui m´ont encouragé et aidé pour que je sois ici aujourd´hui.  »

Traduction fournie par un groupe de patriotes 07/09/2012

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