«Attrape-moi si tu peux», la fuite en avant de Faure Gnassingbé

Posted on mars 20, 2013

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La machine à fraude est de nouveau lancée au Togo.  La Commission Nationale Electorale  (dite) Indépendante vient de démarrer la campagne de recensement en vue de prochaines élections. Cette commission est boycottée par l’opposition en raison de sa composition déséquilibrée en faveur des parties au pouvoir UNIR-RPT et UFC. Mais tout le monde a été unanime dans les rangs de l’opposition pour sensibiliser les populations à aller s’inscrire sur les listes électorales en attendant qu’arrivent le consensus pour les élections: la révision des listes électorales doit être faite chaque année, il faut ajouter les jeunes qui on atteint l’âge de voter et enlever les personnes décédées.

Mais deux jours à peine après le démarrage de la campagne de recensement, on entend déjà des rumeurs de fraudes. Les agents seraient en train d’enrôler des mineurs et des étrangers sur les listes électorales. D’habitude très peu prolixe, la CENI s’est immédiatement fendue d’un communiqué qui laisse perplexe ! Elle ne nie pas l’enrôlement de mineurs et d’étrangers…

« Il est revenu à la Commission Nationale Electorale des préoccupations relatives à l’enrôlement présumé de mineurs et d’étrangers. … Nonobstant ces dispositions, la CENI rappelle que l’enrôlement se fait sur la base des données biométriques et invite les populations à consulter les listes des citoyens enrôlés qui sont affichées chaque jour pour détecter et dénoncer, le cas échéant, les cas d’enrôlement de mineurs et d’étrangers. »

La CENI cite les dispositions légales mais s’en remet aux citoyens pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de triche. En clair, « il se peut que nous trichions, attrapez-nous si vous pouvez! ». Stephen Spielberg n’aurait pas mieux imaginé comme scénario s’il voulait faire un film sur les fraudes électorales.

Depuis le retour au multipartisme au Togo en 1992, après un intermède de 25 ans du parti unique RPT de Gnassingbé Eyadéma, les élections au Togo ont toujours été émaillées de violences, de fraudes et de manipulations en tout genre pour empêcher la vérité des urnes. Une petite piqure de rappel pour les vieux amnésiques et les jeunes insouciants :

  • Élection présidentielle du 25 août 1993 : c’est dans une atmosphère délétère que, Collectif de l’Opposition Démocratique (COD) annonçait le boycott de l’élection pour dénoncer les conditions de préparation du scrutin. Faisant la sourde oreille, Gnassingbé Eyadéma fit maintenir le scrutin et se fait proclamer vainqueur avec 96% des voix pour un taux de participation de 36%.
  • Élections législatives de février 1994 : ces élections furent perdues très officiellement par le régime RPT mais il restera pourtant au pouvoir en usant de manipulations pour obtenir le ralliement d’Edem Kodjo, à la tête d’une formation qui se disait de l’opposition.
  • Élection présidentielle du 21 juin 1998 : dès le premier tour et avant même la fin des dépouillements, Gnassingbé Eyadema se fit proclamer vainqueur par le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, en ayant, sur fond de violence, fait démissionner au préalable les membres de la Commission Electorale Nationale.
  • Élections législatives d’octobre 2002 : la violation des accords visant à trouver des solutions aux précédents contentieux électoraux poussa l’opposition à boycotter ces élections, ce qui permit au régime RPT d’obtenir une assemblée monocolore dont il profitera pour modifier unilatéralement la constitution.
  • Élection présidentielle du 1er juin 2003 : après la modification unilatérale de la Constitution en  2002 pour lui permettre de se représenter, Gnassingbé Eyadéma se fit de nouveau proclamer vainqueur avec 57% des suffrages à l’issue d’un scrutin entaché par d’importantes irrégularités dénoncés unanimement par ses principaux challengers Edem Kodjo, Emmanuel Bob Akitani et Maurice Dahuku Péré. A noter les arrestations multiples d’opposants et de militants, et les menaces et entraves à la liberté d’informer à l’encontre des journalistes.
  • Élection présidentielle du 24 avril 2005 : après le double coup force de Faure Gnassingbé pour succéder à son père décédé, dans débauche de violence jamais égalé avec le massacre d’un millier personnes au sein de la population civile, Faure Gnassingbé se fit proclamer vainqueur avec 60,2% dans un scrutin caractérisé par le bourrage d’urnes et l’intervention des forces armées dans les bureaux de vote.
  • Élections législatives du 14 octobre 2007 : multiples fraudes et découpage électoral déséquilibré ont permis au RPT de s’arroger la majorité parlementaire, avec 50 sièges  pour 924 015 voix, en laissant à l’opposition 31 sièges pour 1 067 838 voix.
  • Élection présidentielle du 4 mars 2010 : gonflement des listes électorales, rejet des bulletins de vote infalsifiables et identifiables à souches, bourrage des urnes avec des bulletins prévotés,  enrôlement de mineurs et d’étrangers, mise en panne du système de transmission électronique (VSAT) au profit de la centralisation de faux-procès-verbaux, vol et destruction des procès-verbaux de l’opposition, etc. ont permis à Faure Gnassingbé de se faire proclamer président avec 60,92% des suffrages.

Cette sortie médiatique de la CENI,  n’est donc qu’une entrée en matière du programme que le régime RPT-UNIR, maintenant adjoint de son appendice UFC, nous réserve encore pour les prochaines échéances. Le régime de Faure Gnassingbé, dans la suite de celui d’Eyadema, est dans une logique de fuite en avant. Malgré le désaveu cinglant de la communauté internationale, surtout l’Union Européenne qui ne veut ni financer ni observer le processus électoral au Togo s’il n’est pas transparent et consensuel, on se demande jusqu’où Faure Gnassingbé a l’intention de pousser le bouchon. Au vu des expériences du passé, l’opposition et la société civile regroupées au sein du Collectif Sauvons le Togo, ont certainement retenu la leçon: plus de boycott, les élections seront transparentes ou elles n’auront pas lieu!

20 Mars 2013

Phil-dramaturge

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